Parce qu’elle va influencer toute la narration, la question du point de vue est un choix crucial. C’est aussi un élément mal connu et difficile à maîtriser qui peut devenir un véritable écueil si on n’y prend pas garde.
Dans l’épisode 5 de la saison 1 du podcast Procrastination, Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort, tel un phare dans la nuit de l’auteurice perdu·e, nous donnent les outils pour guider ce choix afin qu’il soit fait en conscience et en maîtrise.
Les différents points de vue
La première chose à savoir et à retenir, c’est que narrateur et personnage sont deux rôles différents, même si un personnage peut-être narrateur. La ou le narrateur, c’est celui qui raconte l’histoire. Et c’est de son point de vue qu’elle nous sera contée.

Source : studio4rt sur Magnific
La focalisation, c’est le mode de vision. Il en existe trois :
La focalisation zéro
Le narrateur sait tout (omniscient). Il connaît les faits autant que les intentions des personnages. Cette narration se fait au passé (temps du conte) et à la 3è personne.
La focalisation externe
Le narrateur est extérieur à l’histoire et aux personnages. Il s’apparente à une caméra en plan fixe : on voit l’action se dérouler, mais on ne sait pas ce que pensent les protagonistes. Cette focalisation donne une impression d’objectivité du récit.
La focalisation interne
Le narrateur est un personnage. Cette focalisation permet de ménager le suspense, puisque le narrateur ne peut parler que de ce qu’il sait. Il peut aussi mentir et dissimuler, ce qui donne un récit forcément subjectif (on ne peut pas se fier au narrateur) et dont la subjectivité est assumée.
Les focalisations les plus répandues sont la focalisation interne à la première personne et le point de vue externe focalisé (d’un personnage). Il peut arriver que le narrateur donne au lecteur des infos que le personnage n’a pas : “Il ne savait pas que…” (avis personnel : c’est bidon).
Le point de vue et la focalisation ne sont pas forcément fixes et il est courant de voir une alternance de points de vue dans un récit, ainsi que des fluctuations de la focalisation externe à interne et inversement.
Le choix du point de vue
Les trois auteurices nous rappellent qu’une histoire, c’est avant tout des personnages. C’est non seulement leur histoire qu’on va suivre, mais c’est à travers leurs yeux qu’elle va nous être racontée. Les personnages sont le guide du lecteur (surtout quand, comme l’explique Shonda Rhimes dans sa Masterclass, le personnage à travers lequel on suit l’histoire est aussi novice que la lectrice).
Vivre l’histoire à travers les sens et les émotions d’un personnage permet de relever les enjeux et de ménager le suspense. Le choix du personnage focal est donc fondamental, car c’est ce qui va guider le lecteur, mais aussi l’histoire. Cela implique également la possibilité que le récit soit faux, partiel et teinté d’une subjectivité qu’on a évoquée dans un paragraphe précédent.
La multiplicité des points de vue est une technique courante, notamment en fantasy épique. Les mêmes évènements sont vus à travers le point de vue de plusieurs personnages, ce qui permet de mettre en évidence la complexité d’une situation.
Pour Mélanie Fazi, le point de vue et le temps de narration sont liés. La première personne se prête plutôt au présent et répond pour l’autrice à « un besoin d’immédiateté, d’être dans la tête du personnage » (ce sont aussi le point de vue et le temps qui ont ma préférence et que j’utilise le plus souvent).
Les problèmes de point de vue les plus courants
La vision stéréoscopique est souvent considérée comme une erreur de point de vue nommée « headhopping ». Lionel Davoust soulève la question de comment embarquer le lecteur ? Laurent Genefort souligne l’importance de l’identité des personnages (leur voix, d’où la nécessité d’une caractérisation soignée). La question à se poser au moment du choix du point de vue est : qu’apporte le point de vue par rapport à la situation ? Expérimenter les perceptions permet de jouer avec la narration, la fiabilité de ce qui est raconté…
Parmi les “erreurs” de point de vue les plus courantes, il convient de rappeler qu’on évite de changer de point de vue au sein d’une même scène. Il est également important de se rappeler que le personnage est véhicule, et quel personnage nous suivons.
Le “resserrage de caméra” (ou changement de point de vue/focalisation) doit se faire dans une logique de narration, pour la servir, et pas au petit bonheur la chance. Tout est possible tant que le système construit reste cohérent.
Le point de vue est une distribution d’informations sur le monde et les sentiments. Si le statut de la distribution change, c’est là qu’est la faute. On peut changer la focalisation si la distribution d’informations reste harmonieuse et cohérente.
Conclusion
Pour conclure, j’insisterai sur l’importance de caractériser ses personnages en amont de l’écriture d’une histoire et de s’appuyer sur ce travail préliminaire pour choisir le point de vue le plus adapté et en tirer le meilleur parti.
“Le PdV le plus simple est toujours le meilleur.”
Charlie Chaplin
Pour aller plus loin
Pour approfondir le sujet du point de vue et de la focalisation, parmi toutes les ressources possibles, Lionel Davoust suggère le livre de Élisabeth Bonharbour « Comment écrire des histoires », ainsi qu’un article sur son blog (auquel j’ajoute un lien vers celui de Stéphane Arnier, auquel je renvoie souvent les auteurices qui ont des lacunes/questions sur le sujet).













