Publié dans écriture, décorticage, narration

Outils narratifs : les 22 règles de storytelling de Pixar

Les 22 règles de narration de Pixar
Les 22 règles de narration de Pixar
Source : soepratman sur magnific.com

Dans cet article, je ne vais pas retracer l’historique de Pixar ni celui d’Emma Coats, la personne qui a dicté les 22 règles de narration utilisées chez Pixar. De nombreux articles le font déjà, donc je vais me contenter de partager ces règles, les traduire et donner mon humble avis au sujet de la pertinence de cette liste.

Les 22 règles de narration de Pixar : une recette magique ?

#1 You admire a character for trying more than for their successes.

Vous admirez un personnage pour ce qu’iel entreprend plus que pour ses réussites.

Cette règle fait partie des nombreuses choses que j’ai apprises chez Rocambole et un des points de vigilance particulièrement scrutés lors des corrections éditoriales des séries littéraires que nous publiions : le personnage principal doit être proactif.

Il n’a pas pour obligation de réussir, mais il doit essayer. Personne ne va rouler pour un personnage qui subit l’action et semble extérieur à l’histoire.

#2 You gotta keep in mind what’s interesting to you as an audience, not what’s fun to do as a writer. They can be v. different.

Vous devez garder à l’esprit ce qui vous intéresse en tant que spectateurice, pas ce qui vous amuse en tant qu’écrivain·e. Il peut y avoir une grosse différence.

Ce précepte, je l’ai déduit et formalisé de mon expérience de lectrice et de rôliste textuelle.

De la lecture, j’ai appris que les auteurices qui pratiquent la masturbation cérébrale et n’écrivent que pour leur propre plaisir produisent des textes imbuvables.

Du jeu de rôle textuel, j’ai appris à écrire pour les autres : pour les amuser, mais aussi pour leur donner envie de jouer avec moi et de participer à mes délires.

J’en ai tiré la même conclusion que cette règle numéro 2 des studios Pixar : parce qu’on écrit pour être lu, on doit écrire pour les autres, pas pour soi-même.

#3 Trying for theme is important, but you won’t see what the story is actually about til you’re at the end of it. Now rewrite.

Chercher un thème est important, mais vous ne saurez pas de quoi parle vraiment votre histoire avant d’en avoir écrit la fin. Maintenant, réécrivez.

Il n’y a pas grand chose à expliquer sur cette règle limpide, alors je vais juste la confirmer avec mon propre exemple.

Quand j’ai écrit « Phase terminale », je pensais écrire une histoire autour du cancer, de la peur de mourir, de comment on peut réagir face à l’inéluctable mort. Mais en vrai, elle parle de ce que subissent les femmes dans une société prédatrice où les personnes vulnérables sont considérées des proies faciles.

#4 Once upon a time there was ___. Every day, ___. One day ___. Because of that, ___. Because of that, ___. Until finally ___.

Il était une fois un·e ___. Chaque jour, ___. Un jour, ___. À cause de ça, ___. À cause de ça, ___. Jusqu’à ce que finalement, ___.

Plus qu’un règle de narration, c’est surtout un résumé du Story Circle, du voyage du héros, bref, du schéma narratif classique qui décompose l’histoire en situation initiale, élément déclencheur, péripéties et situation finale.

#5 Simplify. Focus. Combine characters. Hop over detours. You’ll feel like you’re losing valuable stuff but it sets you free.

Simplifie. Cible. Combine les personnages. Enjambe les détours. Tu auras l’impression de perdre du bon boulot, mais ça te libère.

C’est un peu le résumé de la règle « Kill your darlings », que je traiterai peut-être dans un prochain article (les plus curieuxses peuvent déjà lancer une recherche internet et découvrir ce merveilleux précepte).

Même si je n’aime pas les auteurices qui se branlent le neurone, j’ai quand même envie de souligner le risque d’un abus de simplicité, qui conduit tout droit à des séries et des films Netflix calibrés pour des cerveaux en déficit d’attention et peu regardants sur la qualité des fictions ingérées.

Il y a sans doute un juste milieu.

#6 What is your character good at, comfortable with? Throw the polar opposite at them. Challenge them. How do they deal?

Dans quoi votre personnage excelle, est-iel à l’aise ? Donnez-lui l’exact opposé. Défiez- læ. Comment s’en sort-iel ?

Soyons honnête quelques secondes et admettons-le, les auteurices sont sadiques ou, du moins, devraient l’être. Écrire, c’est mettre ses personnages dans la panade la plus épaisse, gluante et puante possible et voir comment iels vont s’en sortir (ou pas).

L’adversité est ce qui va rendre le parcours des personnages intéressant. Enjeux élevés et obstacles balèzes sont les deux mamelles d’une histoire palpitante.

Ceci étant dit, je dois bien avouer que des personnages comme Saitama ou Mashle, qui affrontent les situations et les adversaires avec une facilité et un flegme déconcertants, ont quelque chose de jouissif.

Parfois, des héros qui roulent sur tout et tout le monde sans transpirer une seule goutte, ça a aussi son charme.

#7 Come up with your ending before you figure out your middle. Seriously. Endings are hard, get yours working up front.

Trouvez votre fin avant de réfléchir à votre milieu. Sérieusement. Les fins sont difficiles, travaillez les vôtres en amont.

Ce subtil complément légèrement redondant de la règle 3 insiste sur la nécessité de savoir où va votre histoire pour savoir comment vous allez l’y emmener. C’est un conseil récurrent et utile en écriture, mais aussi dans la vie en général. Il est plus facile de trouver le meilleur itinéraire quand on connaît la destination.

#8 Finish your story, let go even if it’s not perfect. In an ideal world you have both, but move on. Do better next time.

Finissez votre histoire, tournez la page même si ce n’est pas parfait. Dans un monde idéal, vous auriez les deux, mais passez à la suite. Faites mieux la prochaine fois.

Paraphrase du dicton « Le mieux est l’ennemi du bien », de « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » etc etc etc.

Le perfectionnisme est un ennemi redoutable qui nous empêche d’avancer. Tout est toujours améliorable, mais terminer une histoire et savoir passer à la suivante sont des étapes nécessaires pour progresser. Il est important d’aller au bout d’un projet et de ressentir la satisfaction du devoir accompli.

Oui, votre nouvelle ou votre roman auraient pu être meilleurs, mais ils auraient aussi pu être pires. Commencez avec un projet modeste, des objectifs réalisables, tirez des leçons du travail accompli et repartez pour un nouveau projet plus ambitieux avec la douce certitude que vous saurez lui aussi le mener à son terme.

#9 When you’re stuck, make a list of what WOULDN’T happen next. Lots of times the material to get you unstuck will show up.

Quand vous êtes bloqué, faites une liste de ce qui n’arriverait PAS ensuite. La plupart du temps, la matière pour vous débloquer apparaîtra d’elle-même.

Éliminer ce dont on ne veut pas, en péripéties littéraires comme ailleurs, est un bon moyen de réduire les possibilités et de mettre en évidence les options disponibles pour choisir la plus adaptée à notre histoire et notre propos.

#10 Pull apart the stories you like. What you like in them is a part of you; you’ve got to recognize it before you can use it.

Décortiquez les histoires que vous aimez. Ce que vous aimez en elles fait partie de vous ; vous devez l’identifier avant de pouvoir l’utiliser.

C’est la raison pour laquelle j’ai une rubrique « décorticage littéraire » sur le blog et que je propose des exercices qui invitent à démonter des fictions comme un horloger démonterait une montre pour en comprendre le mécanisme.

En écriture comme ailleurs, l’apprentissage passe par l’observation minutieuse, la compréhension technique et la pratique constante.

Spoiler alert : ça marche aussi quand on décortique ce qu’on n’aime pas.

#11 Putting it on paper lets you start fixing it. If it stays in your head, a perfect idea, you’ll never share it with anyone.

Noter les choses sur papier vous aide à les fixer. Si elle reste dans votre tête, cette idée parfaite, vous ne la partagerez jamais avec personne.

Voilà un autre conseil qu’on retrouve sur tous les blogs d’écriture : poser les choses par écrit pour ne pas les oublier, pour faire le tri et pouvoir y revenir pour creuser et développer cette idée géniale, mais pas si parfaite.

#12 Discount the 1st thing that comes to mind. And the 2nd, 3rd, 4th, 5th – get the obvious out of the way. Surprise yourself.

Bazardez la première chose qui vient à l’esprit. Et la seconde, la troisième, la quatrième, la cinquième – écartez les évidences. Surprenez-vous.

La première idée qui nous vient à l’esprit viendra à l’esprit de tout le monde. Pour qu’une idée soit vraiment intéressante, il faut la creuser, la développer, la contorsionner, la tordre, la presser plusieurs fois pour en extraire le meilleur jus.

Au cours d’un de ses ateliers en ligne, Michael Roch préconisait de retravailler une idée au moins cinq fois. Lors de la séance à laquelle j’ai participé, cela a donné naissance à des pitchs parfois un peu dingues, mais jamais banals (comme une révolution des légumes dans le potager).

#13 Give your characters opinions. Passive/malleable might seem likable to you as you write, but it’s poison to the audience.

Donnez des opinions à vos personnages. La passivité et la malléabilité pourraient vous sembler séduisantes en tant qu’écrivain·e, mais c’est du poison pour le public.

Les conseils se suivent, se ressemblent et se complètent. Un personnage passif, que ce soit dans l’action ou sur le plan des idées, c’est chiant.

On aime rouler pour des personnages qui ont des convictions, des sentiments et qui se battent pour eux.

On aime aussi les détester pour les mêmes raisons, selon notre degré de compatibilité avec lesdites convictions.

Il n’y a pas de bon personnage sans une bonne motivation. Les opinions et les convictions en sont.

#14 Why must you tell THIS story? What’s the belief burning within you that your story feeds off of? That’s the heart of it.

Pourquoi devez-vous raconter CETTE histoire ? Quelle est cette croyance qui brûle en vous dont se nourrit votre histoire ? C’en est le cœur.

Et oui, si on ne met pas un peu de notre cœur dans nos histoires, elles n’auront pas d’âme. C’est pour ça qu’on écrit beaucoup sur des sujet qui nous touchent, des choses qu’on connaît ou qu’on aimerait connaître.

Il y a une très belle chanson de Zazie dans laquelle elle explique à son amoureux que le moteur de son écriture, c’est la révolte, la tristesse, le chagrin et que lui, il n’est que bonheur, donc pas le bon carburant pour alimenter ses chansons.

#15 If you were your character, in this situation, how would you feel? Honesty lends credibility to unbelievable situations.

Si vous étiez votre personnage, dans cette situation, comment vous sentiriez-vous ? L’honnêteté donne de la crédibilité aux situations improbables.

C’est ce que je compare à la méthode actor studio et dont je parle dans un article : le fait de faire appel à nos expériences et nos émotions pour teinter nos abracadabrants mensonges d’une once de vérité.

Parce qu’en fiction, ce qui compte, ce n’est pas que ce soit possible, mais que ce soit plausible.

C’est cette once de vérité qui résonnera dans le cœur des lecteurices, qui les fera s’identifier à votre histoire et à vos personnages, le premier pas pour les aimer.

#16 What are the stakes? Give us reason to root for the character. What happens if they don’t succeed? Stack the odds against.

Quels sont les enjeux ? Donnez-nous des raisons de rouler pour le personnage. Qu’arrive-t-il si iel échoue ? Entassez les obstacles sur sa route.

Là encore, Pixar n’a rien inventé et se répète. C’est un des premiers conseils qu’on reçoit en écriture : définir des enjeux élevés pour les personnages.

Plus l’enjeu et le risque d’échec seront élevés, plus læ lecteurice va trembler pour les personnages et vouloir suivre leur aventure en espérant leur réussite.

#17 No work is ever wasted. If it’s not working, let go and move on – it’ll come back around to be useful later.

Aucun travail n’est jamais gâché. Si ça ne fonctionne pas, lâchez l’affaire et passez à autre chose – ça s’avérera utile plus tard.

On revient au « Kill your darlings », qui suggère de se débarrasser des passages qui ne fonctionnent pas dans l’histoire, même si on les trouve vraiment bien.

Au mieux, on pourra les recaser ailleurs plus tard, au pire, on sait qu’on est capable d’écrire des choses qu’on juge bonnes – même si elle ne nous servent pas – et il n’y a pas de raison pour qu’on ne réitère pas cet exploit.

#18 You have to know yourself: the difference between doing your best & fussing. Story is testing, not refining.

Vous devez vous connaître vous-même : la différence entre faire de votre mieux et chipoter. Écrire des histoire, c’est expérimenter, pas peaufiner.

Comme j’ai pas la vie devant moi, je vais pas réexpliquer un conseil qu’on a déjà vu en #8.

#19 Coincidences to get characters into trouble are great; coincidences to get them out of it are cheating.

Les coïncidences qui mettent les personnages dans la mouise sont géniales ; les coïncidences qui les en sortent sont de la triche.

C’est le fameux Deus ex machina, où l’intervention divine de l’auteurice qui sort un tour de magie de son slop pour résoudre une situation désespérée d’un coup de stylo magique.

Les lecteurices et spectateurices ne sont pas dupes de cette pratique paresseuse qui aboutit chez moi le plus souvent à un « Bah dis donc, ils se sont vraiment pas fait chier ! ».

La paresse et les raccourcis, c’est mal. Si vous faites plein de nœuds dans votre histoire, ne réglez pas tout avec un gros coup de ciseaux. Laissez vos personnages se casser la tête et le cul à démêler les fils un par un, en veillant bien à ce qu’ils soient résistants et coupants.

#20 Exercise: take the building blocks of a movie you dislike. How d’you rearrange them into what you DO like?

Exercice : prenez les briques d’un film que vous n’aimez pas. Comment les assembleriez-vous pour en faire quelque chose que vous AIMEZ ?

Bah dis donc, ça recycle sévère chez Pixar ! Deux règles pour un même propos !

J’ai déjà évoqué la possibilité d’étudier les histoires qu’on n’a pas aimées à la fin de la règle #10… Il y a des enseignement à tirer de tout et comprendre pourquoi on n’aime pas quelque chose nous aide à ne pas le reproduire et à affirmer notre propre style.

#21 You gotta identify with your situation/characters, can’t just write ‘cool’. What would make YOU act that way?

Vous devez vous identifier à votre situation/vos personnages, vous ne pouvez pas juste écrire « Cool ». Qu’est-ce qui vous ferait agir de cette façon ?

Oh waouw, mais c’est qu’on radote, chez Pixar.

On a déjà abordé ça avec la méthode actor studio et le soupçon de vérité dans une piscine de mensonges…

Ils feraient mieux de donner (et suivre) des conseils pour éviter les redondances qui font gagner en quantité, mais perdre en qualité.

#22 What’s the essence of your story? Most economical telling of it? If you know that, you can build out from there.

Quelle est l’essence de votre histoire ? Son résumé le plus simple ? Si vous le savez, vous pouvez construire à partir de là.

Je sais pas si c’est parce qu’on arrive au bout des 22 et que j’en ai marre, mais j’ai l’impression que Pixar se fout un peu de notre gueule avec ses conseils redondants et parfois abscons.

Oui, il faut être capable de réduire son histoire à l’essentiel pour mettre en évidence son… essence et développer ce qui mérite de l’être. En plus, ça servira pour le synopsis de soumission aux maisons d’édition.

Les 22 règles de narration de Pixar, une liste qu’elle est bien, mais pas top

J’avais épinglé ces 22 règles depuis longtemps sans jamais vraiment m’y pencher. Je les ai décortiquées pour écrire cet article et maintenant que c’est fait, je peux dire que cette liste est surcotée.

C’est une succession de paraphrases de conseils et concepts littéraires déjà existants. En plus, au lieu de donner une règle complète, la liste se répète en éparpillant des conseils et règles similaires ou complémentaires loin les uns des autres pour pas que ça se voit trop.

Retenez surtout les règles #1, #2, #4, #6, #8, #10, #12, #13, #16 et #19 et ayez conscience que Pixar ne les a pas inventées. Ils les ont juste mises sous forme de liste qui fait genre « je maîtrise mon sujet », mais quiconque à déjà étudié un peu les principes techniques de la narration les connaît.

Voyez cette liste comme un pense-bête sympa, mais n’oubliez jamais que Pixar a vendu son âme à Disney.

Publié dans écriture, exercice d'écriture, narration, Procrastination

Exercice d’écriture : Procrastination saison 1 épisode 5 « Question de point de vue »

L’épisode 5 de la saison 1 du podcast « Procrastination » nous parle de point de vue de la narration et de focalisation. C’est donc avec ça qu’on va jouer au cours de cet atelier d’écriture.

La focalisation

Dans un premier temps, on va s’amuser avec la focalisation, c’est-à-dire le réglage de la lunette à travers laquelle on va regarder l’histoire.

Tout est question de point de vue
Tout est question de point de vue
Source : brgfx sur Magnific

Pour cet exercice, vous pouvez partir d’un de vos textes, en rédiger un nouveau ou partir d’un extrait de roman.

Dans le cas d’un texte déjà écrit, il vous faudra identifier la focalisation utilisée. Dans le cas d’un texte tout neuf que vous rédigez pour l’occasion, il vous faudra choisir avec quelle focalisation vous commencez.

Ensuite, réécrivez ce texte en changeant la focalisation. Vous devrez donc avoir trois versions d’un même texte, à la focalisation 0 (narrateur omniscient), interne (à travers les sens, les pensées et les émotions d’un personnage) et externe (à l’extérieur des personnages, de leurs pensées et émotions).

Le point de vue

Jouer avec les focalisations, c’est intéressant pour discerner les atouts et les limites de chacune d’entre elles. Mais pour mettre en évidence la façon dont le point de vue (la voix du personnage) influence la narration et le déroulement de l’histoire, on va aussi jouer avec la multiplicité des points de vue et raconter une histoire à travers les sens et les émotions de plusieurs personnages.

Choisissez au moins deux personnages (dans la banque de personnages qu’on a créée lors d’un précédent atelier ou parmi des personnages réels ou fictifs déjà existants) ou créez-les. Avec trois personnages différents, l’exercice sera sans doute encore plus parlant.

Sélectionnez ou écrivez une courte scène à travers le point de vue de chaque personnage, puis appréciez les différences et les subtilités qui en découlent dans la narration (le ton, le registre de langue, la fiabilité des informations du narrateur, etc.).

Vous pouvez (et devez) choisir un ou plusieurs points de vue décalés par rapport à l’histoire que vous racontez et l’univers de cette histoire (le point de vue du chat sur la vie de son humain, un extra-terrestre qui observe les Terriens, un narrateur dénué d’empathie ou, au contraire, hypersensible…) et voir comment ce décalage va renforcer la subjectivité de la narration et lui donner un ton unique, chose qui doit impérativement être aussi le cas – même si de façon moins évidente – avec un point de vue moins décalé.

Pour conclure

Le point de vue et la focalisation sont des aspects techniques de l’écriture complexes et difficiles à appréhender et maîtriser. Dans cet exercice, l’important n’est pas d’avoir une technicité parfaite, mais de jouer avec les différents points de vue et focalisations pour mieux les comprendre, les aimer et les choisir en fonction de ce qu’on veut qu’ils apportent au récit.

Publié dans écriture, narration, Procrastination

Mon résumé de l’épisode 5 saison 1 de Procrastination : « Question de point de vue »

Parce qu’elle va influencer toute la narration, la question du point de vue est un choix crucial. C’est aussi un élément mal connu et difficile à maîtriser qui peut devenir un véritable écueil si on n’y prend pas garde.

Dans l’épisode 5 de la saison 1 du podcast Procrastination, Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort, tel un phare dans la nuit de l’auteurice perdu·e, nous donnent les outils pour guider ce choix afin qu’il soit fait en conscience et en maîtrise.

Les différents points de vue

La première chose à savoir et à retenir, c’est que narrateur et personnage sont deux rôles différents, même si un personnage peut-être narrateur. La ou le narrateur, c’est celui qui raconte l’histoire. Et c’est de son point de vue qu’elle nous sera contée.

Le point de vue
Le point de vue, c’est la longue-vue à travers laquelle on regarde l’histoire
Source : studio4rt sur Magnific

La focalisation, c’est le mode de vision. Il en existe trois :

La focalisation zéro

Le narrateur sait tout (omniscient). Il connaît les faits autant que les intentions des personnages. Cette narration se fait au passé (temps du conte) et à la 3è personne.

La focalisation externe

Le narrateur est extérieur à l’histoire et aux personnages. Il s’apparente à une caméra en plan fixe : on voit l’action se dérouler, mais on ne sait pas ce que pensent les protagonistes. Cette focalisation donne une impression d’objectivité du récit.

La focalisation interne

Le narrateur est un personnage. Cette focalisation permet de ménager le suspense, puisque le narrateur ne peut parler que de ce qu’il sait. Il peut aussi mentir et dissimuler, ce qui donne un récit forcément subjectif (on ne peut pas se fier au narrateur) et dont la subjectivité est assumée.

Les focalisations les plus répandues sont la focalisation interne à la première personne et le point de vue externe focalisé (d’un personnage). Il peut arriver que le narrateur donne au lecteur des infos que le personnage n’a pas : “Il ne savait pas que…” (avis personnel : c’est bidon).

Le point de vue et la focalisation ne sont pas forcément fixes et il est courant de voir une alternance de points de vue dans un récit, ainsi que des fluctuations de la focalisation externe à interne et inversement.

Le choix du point de vue

Les trois auteurices nous rappellent qu’une histoire, c’est avant tout des personnages. C’est non seulement leur histoire qu’on va suivre, mais c’est à travers leurs yeux qu’elle va nous être racontée. Les personnages sont le guide du lecteur (surtout quand, comme l’explique Shonda Rhimes dans sa Masterclass, le personnage à travers lequel on suit l’histoire est aussi novice que la lectrice).

Vivre l’histoire à travers les sens et les émotions d’un personnage permet de relever les enjeux et de ménager le suspense. Le choix du personnage focal est donc fondamental, car c’est ce qui va guider le lecteur, mais aussi l’histoire. Cela implique également la possibilité que le récit soit faux, partiel et teinté d’une subjectivité qu’on a évoquée dans un paragraphe précédent.

La multiplicité des points de vue est une technique courante, notamment en fantasy épique. Les mêmes évènements sont vus à travers le point de vue de plusieurs personnages, ce qui permet de mettre en évidence la complexité d’une situation.

Pour Mélanie Fazi, le point de vue et le temps de narration sont liés. La première personne se prête plutôt au présent et répond pour l’autrice à « un besoin d’immédiateté, d’être dans la tête du personnage » (ce sont aussi le point de vue et le temps qui ont ma préférence et que j’utilise le plus souvent).

Les problèmes de point de vue les plus courants

La vision stéréoscopique est souvent considérée comme une erreur de point de vue nommée « headhopping ». Lionel Davoust soulève la question de comment embarquer le lecteur ? Laurent Genefort souligne l’importance de l’identité des personnages (leur voix, d’où la nécessité d’une caractérisation soignée). La question à se poser au moment du choix du point de vue est : qu’apporte le point de vue par rapport à la situation ? Expérimenter les perceptions permet de jouer avec la narration, la fiabilité de ce qui est raconté…

Parmi les “erreurs” de point de vue les plus courantes, il convient de rappeler qu’on évite de changer de point de vue au sein d’une même scène. Il est également important de se rappeler que le personnage est véhicule, et quel personnage nous suivons.

Le “resserrage de caméra” (ou changement de point de vue/focalisation) doit se faire dans une logique de narration, pour la servir, et pas au petit bonheur la chance. Tout est possible tant que le système construit reste cohérent.

Le point de vue est une distribution d’informations sur le monde et les sentiments. Si le statut de la distribution change, c’est là qu’est la faute. On peut changer la focalisation si la distribution d’informations reste harmonieuse et cohérente.

Conclusion

Pour conclure, j’insisterai sur l’importance de caractériser ses personnages en amont de l’écriture d’une histoire et de s’appuyer sur ce travail préliminaire pour choisir le point de vue le plus adapté et en tirer le meilleur parti.

“Le PdV le plus simple est toujours le meilleur.”

Charlie Chaplin

Pour aller plus loin

Pour approfondir le sujet du point de vue et de la focalisation, parmi toutes les ressources possibles, Lionel Davoust suggère le livre de Élisabeth Bonharbour « Comment écrire des histoires », ainsi qu’un article sur son blog (auquel j’ajoute un lien vers celui de Stéphane Arnier, auquel je renvoie souvent les auteurices qui ont des lacunes/questions sur le sujet).

Publié dans écriture, exercice d'écriture, Procrastination

Exercice d’écriture : Procrastination saison 1 épisode 4 « C’est pas la taille qui compte »

Pour l’exercice d’écriture basé sur l’épisode 4 de la saison 1 du podcast « Procrastination », il m’est difficile de proposer un atelier qui invite à écrire une histoire dans chacun des formats décrits dans l’épisode. Si toutefois l’expérience vous tente, je vous laisse la gérer en solo et me contenterai pour l’heure de vous présenter Writever, le défi d’écriture qui valorise la micronouvelle, format le plus commode à exploiter pour un exercice d’écriture, il faut bien l’avouer.

La micronouvelle, toute une histoire

Pour rappel, la micronouvelle est une histoire racontée en quelques mots. Son format oblige à une concision et une force d’évocation plus fortes encore que la nouvelle.

La micronouvelle la plus célèbre et la plus souvent citée en exemple est celle attribuée à Ernest Hemingway qui, au cours d’un dîner entre amis, aurait parié pouvoir écrire un roman en six mots.

Ernest aurait alors raflé la mise avec :

For sale : baby shoes, never worn.

(À vendre : chaussures bébé, jamais portées.)

Fake tweet créé avec Tweetgen
La microfiction la plus célèbre
Fake tweet créé avec Tweetgen

Ce qu’on retiendra de cet exemple, ce n’est pas qu’elle soit bel et bien d’Ernest ou que la légende lui ait attribué une paternité potentiellement illégitime, mais plutôt la masterclass narrative de cette micronouvelle.

Writever, un défi littéraire en ligne

Né sur Twitter, Writever est un défi d’écriture consiste à écrire une histoire en un tweet. L’exercice privilégie les genres de l’imaginaire dont parlait l’épisode 3 de la saison 1 et que je vous ai présentés dans l’article précédent (le hasard est réel et bienheureux, je dois l’admettre). Mais soyons fol·les, fuck les injonctions et écrivons dans le genre qui nous fait plaisir.

Twitter étant devenu X et ayant connu une fuite massive des cerveaux, le défi s’est exporté sur des réseaux plus… moins… Notamment sur Mastodon.

On retrouve les participations sous le hashtag #writever, où vous pourrez lire des microfictions aussi bien en français qu’en anglais.

L’exercice d’écriture : une micronouvelle par jour

Tous les mois, une liste thématique est proposée avec un mot pour chaque jour. Héritier de l’écriture sous contrainte oulipienne, ce défi invite les auteurices, confirmé·es ou aspirant·es, à poster quotidiennement une micronouvelle à partir du mot du jour, accompagnée du hashtag #writever.

L’ exercice que je vous propose – qui ne m’aura demandé nul autre effort que de présenter ce défi d’écriture et de vous inviter à le faire – consiste donc, vous l’aurez compris, à trouver la liste du mois en cours – et/ou des mois précédents si ça vous botte – et à rédiger une micronouvelle par jour (sans liste ou avec votre propre liste, ça marche aussi).

Ayant de plus en plus de mal avec les contraintes et les délais, j’ai écrit et posté au rythme de mon envie et de mon inspiration (et fini par abandonner) et je vous inviterais bien à faire pareil, mais je pense qu’un brin de rigueur et d’autodiscipline ne peuvent nuire ni à vous ni à moi.

Il n’y a évidemment aucune obligation à publier vos créations sur les réseaux sociaux, mais si vous le faites, n’oubliez pas le #writever pour vous donner une chance d’être vu·e et lu·e.

Publié dans écriture, Procrastination

Mon résumé de l’épisode 4 saison 1 de Procrastination : « C’est pas la taille qui compte »

Dans l’épisode 4 de la saison 1 du podcast « Procrastination », Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort nous parlent de la taille des textes et de l’évolution des normes des différents formats au fil des avancées technologiques. Iels s’attardent entre autres sur ce qui différencie, outre le nombre de caractères, un roman d’une nouvelle.

Des différences de taille

Avant de définir la taille des différents formats d’histoires, les trois auteurices précisent que dans l’édition française, les textes se mesurent en SEC (Signes Espaces Comprises) et non en mots.

Iels nous présentent ensuite les différents formats sous lesquels on peut raconter une histoire et qui se définissent principalement selon la taille du texte :

  • La short short story (ou micronouvelle, format courant sur les réseaux sociaux) est une histoire racontée en une phrase à une page maximum.
  • La short story, ou nouvelle en français, compte de 2-3 000 sec à 50 000 SEC.
  • De 50 à 150 000 SEC, on aura affaire à une novela.
Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la taille d’un texte
Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la taille d’un texte
Source : wirestock sur Freepik
  • Si le roman et le cycle (une histoire coupée en morceau ou une histoire et ses suites) ont connu une inflation de la taille du récit et vont aujourd’hui aisément jusqu’à un million de signes – voire deux, il y a encore quelques années, la taille moyenne d’un roman se situait plutôt autour de 300 k SEC.

Des différences de taille

Comment décide-t-on de la longueur d’un roman ? Et bien, on ne décide pas vraiment. Le format se dessine de lui-même, comme l’explique Mélanie Fazi, dont la nouvelle est le genre de prédilection. Elle pense que certain·es auteurices sont plus fait·es pour un type de longueur ou l’autre, selon que leur style d’écriture repose sur la suggestion et la concision ou sur la description.

Outre les préférences personnelles, la question des contraintes (éditoriales notamment), qui peuvent être induites par le genre, la maison d’édition… peut également influer sur la taille d’un texte (je dois d’ailleurs revoir la taille d’une de mes histoires à la hausse avant de la soumettre, afin de rentrer dans les critères d’une éventuelle publication papier en plus de l’e-book).

Le texte lui-même, en fonction de plusieurs critères, peut se prêter plus facilement à un format ou à l’autre en dépit de la volonté de son auteurice.

La taille des textes, une norme soumise aux contraintes et aux évolutions technologiques

Les normes éditoriales sont soumises aux limites et progrès de la technologie plus qu’à la volonté des auteurices et/ou des éditeurices. Par exemple, le feuilleton littéraire est né des contraintes de publication quotidienne dans les journaux, et l’apparition du format poche et les contraintes qu’il implique ont causé des problèmes de coupe et de restriction de signes, menant à la moyenne précédemment citée de 300 k sec pour un roman.

Cette moyenne a ensuite explosé grâce à l’apparition du traitement de texte, qui a facilité l’accès à l’écriture, mais aussi aux réductions des coûts d’impression et à l’apparition de longs cycles et des univers partagés (les grosses licences comme Star Wars…), qui ont formé l’esprit de læ lecteurice à des exigences de longueur, auxquelles bon nombre d’auteurices sont heureuxses de se plier.

La nouvelle, tout un art

Pour résumer de façon un peu simpliste, la nouvelle pourrait être un épisode de la vie d’un personnage et le roman en raconterait l’intégralité.

Une des principales différences entre les deux formats réside dans la gestion du rythme de la narration. Dans un roman, l’auteurice joue avec les variations de rythme pour tenir læ lecteurice en haleine, tandis que le rythme de la nouvelle tend vers l’élan constant ou l’accélération (les trois auteurices valident la comparaison du sprint Vs marathon).

Outre la taille et le rythme, une autre différence majeure entre la nouvelle et le roman réside dans la chute, qui est la ligne directrice de la nouvelle, tandis que le roman se concentre plus sur la route qui y mène. Si la nouvelle est moins tributaire d’un formatage, l’aspiration vers la fin pose d’autres contraintes, telles que la limite du nombre de personnages, de péripéties ou encore la nécessité de descriptions sommaires mais percutantes.

Concision et précision sont les deux mamelles de la nouvelle. Edgar Poe disait d’ailleurs à ce sujet :

Dans une nouvelle, tout doit concourir à l’effet final.

Lionel Davoust ajoute que l’écriture de nouvelles est une excellente école, notamment parce que le risque est minimum : si une nouvelle est mauvaise ou rejetée par une maison d’édition, elle aura demandé un investissement en temps et en énergie moindre et même si les enseignements de la nouvelle doivent s’oublier dès qu’on passe à l’écriture d’un roman, elle est un très bon moyen d’exercer son écriture.

Laurent Genefort précise que la science-fiction est le genre de la nouvelle par excellence, car la SF concerne l’expérience plus que l’histoire avec tous ses développements.

En conclusion

En littérature comme ailleurs, ce n’est pas la taille qui compte, mais la façon dont on s’en sert. Le format n’est pas une fin en soi, il n’est que la somme de vos préférences en matière d’écriture et du but que vous poursuivez avec votre texte

Publié dans écriture, exercice d'écriture, narration

Exercice d’écriture : Procrastination saison 1 épisode 3 « Les trois genres de l’imaginaire »

Pour celles et ceux qui n’auraient pas lu mon résumé de l’épisode 3 de la saison 1 de « Procrastination », je vais commencer par un bref rappel de la définition des trois genres avant d’énoncer l’exercice.

Les trois genres de l’imaginaire

Le fantastique

Le fantastique, c’est un univers réaliste où l’élément surnaturel est inattendu et constitue une rupture avec le réel :

Oh ! My god ! Un chat qui parle ! C’est quoi, ce bordel !

La science-fiction

La science-fiction décrit des futurs potentiels rendus possibles par des évolutions scientifiques et/ou technologiques :

Bonjour ! Je suis un chat génétiquement modifié. Cette évolution me permet de pouvoir exiger ma pâté de manière plus élégante que par un miaulement rauque et plaintif.

La fantasy

La fantasy décrit des univers dits merveilleux, où les créatures fantastiques et féeriques font partie du quotidien et où personne n’est surpris de voir un chat converser avec une licorne.

L’exercice d’écriture : réécrire un texte dans (chac)un des trois genres de l’imaginaire

Sans grande surprise, cet exercice vous invite à rédiger un texte réaliste – qui n’implique aucun chat qui parle – et à le réécrire en plaçant l’action et les personnages dans l’un ou dans les trois genres de l’imaginaire.

Écrire de la fantasy, de la SF ou du fantastique
Écrire de la fantasy, de la SF ou du fantastique
Source : pikisuperstar sur freepik

Par exemple, le récit d’un voyage en train deviendra un voyage en navette spatiale ou en téléporteur nucléaire à densité moléculaire, un trajet en carrosse tiré par des licornes ou des dragons roses et/ou un voyage en train agrémenté d’une rencontre avec un fantôme ou un vampire.

Pour conclure

Outre l’exploration des genres et des codes qui les régissent, cet exercice d’écriture vous invite avant tout à prendre du plaisir en racontant des histoires, sérieuses ou absurdes, qui vous amuseront et vous donneront envie d’écrire.

Si un genre vous bloque ou vous déplaît, faites l’impasse et attardez-vous plutôt sur le ou les genres qui vous inspirent et vous font vibrer.

Publié dans écriture, Procrastination

Mon résumé de l’épisode 3 saison 1 de Procrastination “Les trois genres de l’imaginaire”

Dans cet article, je vais vous parler de ce que j’ai retenu de l’épisode 3 de la saison 1 du podcast Procrastination« Les trois genres de l’imaginaire », à savoir le fantastique, la science-fiction et la fantasy.

Définition des trois genres de l’imaginaire

Avant de définir les trois genres de l’imaginaire, Lionel Davoust précise qu’il s’agit de classifier, en aucun cas de hiérarchiser les genres. Ensuite, Laurent Genefort et Mélanie Fazi utilisent l’image du chat qui parle, de Denis Guillaud, qui constitue un moyen simple et efficace de comprendre la différence entre les trois genres et de les identifier.

Le fantastique

Le fantastique, c’est un univers réaliste où l’intervention d’un chat qui parle est inattendue, voire choquante. C’est un genre où le surnaturel est en rupture avec le réel.

La science-fiction

Si on rencontre un chat qui parle parce qu’il a été génétiquement ou robotiquement modifié pour avoir la capacité de parler, alors il s’agit de science-fiction.

La fantasy

Enfin, la fantasy propose des mondes imaginaires où, comme en science-fiction et contrairement au fantastique, le surnaturel est naturel. Si on croise parmi les personnages un chat qui parle dans un univers où il est admis que les chats peuvent parler, il s’agit d’un texte de fantasy.

La fantasy, un des trois genres de l’imaginaire
La fantasy, un des trois genres de l’imaginaire
Source : pikisuperstar sur Freepik

La SF et la fantasy sont des genres réalistes, mais qui dépeignent une autre réalité, ce qui induit la nécessité d’une immersion forte pour que læ lecteurice puisse y adhérer. Laurent Genefort cite comme exemple Star Wars, qui n’est pas un chef d’œuvre de précision scientifique ni historique, mais qui propose une fable métaphorique suffisamment dense pour obtenir l’adhésion du spectateur.

Une littérature du décalage : l’imaginaire pour parler de la réalité

La littérature de l’imaginaire est une littérature du décalage. Les trois genres de l’imaginaire nous parlent bel et bien de réalité, mais sous une lumière différente. L’auteurice décale son regard, fait un pas de côté pour placer des sujets et des thèmes réels dans des univers imaginaires (un peu comme Shakespeare qui situe ses tragédies au Danemark ou à Vérone pour parler de rien d’autre que de l’Angleterre, ou La Fontaine qui utilise des animaux pour faire la satire des travers humains).

Un genre vivant en perpétuelle évolution

Nés à des époques différentes (Laurent Genefort nous rappelle que le fantastique apparaît dès les années 1830, alors que la science-fiction fait son apparition vers 1900 avec l’émergence de la pensée scientifique et la fantasy, dans les années 50, même si on en trouve des traces à l’Antiquité), les trois genres sont avant tout définis par les auteurices et ce qu’iels en font.

Comme pour la technique en écriture, les codes des genres, une fois maîtrisés, peuvent être détournés, subvertis ou contournés, ce qui fait naître de nouveaux genres et sous-genres, qui se redéfinissent approximativement tous les dix ans avec l’apparition de nouveaux tropes et de nouveaux thèmes. Laurent Genefort prend ainsi l’exemple du cyberpunk, qui a infusé de nombreux genres avant de mourir.

Enfin, les trois auteurices rappellent que l’envie prime sur la définition et que c’est ce que les auteurices en font qui définit et fait évoluer un genre.

Publié dans écriture, exercice d'écriture

Exercice d’écriture : enrichir son texte en éliminant les adverbes

Je ne vais pas réexpliquer pourquoi les adverbes, c’est mal et pourquoi il faut les remplacer chaque fois qu’on le peut. C’est comme ça et pis c’est tout. Et s’il vous faut vraiment une raison, vous pouvez lire l’article dans lequel j’explique à peu près correctement comment on rend un texte meilleur en faisant la chasse aux adverbes.

L’exercice d’écriture : Les adverbes, attrapez-les tous !

On va donc passer directement à la consigne, qui se base sur le magnifique et très travaillé exemple que j’ai donné dans l’article en question :

« Il se pencha légèrement. ».

L’exercice se déroulera en deux temps.

Étape 1 : le contexte

Vous allez d’abord essayer d’imaginer un ou plusieurs contextes à cette phrase. Qu’est-ce qui se passe avant ? Pourquoi se penche-t-il ? Pourquoi légèrement ? Et que se passe-t-il ensuite ? Comme ça risque d’être marrant, vous pouvez en imaginer plusieurs, dans plusieurs genres littéraires différents.

Étape 2 : faire mieux

Je sais, étant donnée la phrase de départ, ça ne va pas être compliqué de faire mieux. Mais il y a sans doute plusieurs façons de le faire, surtout si vous avez imaginé plusieurs contextes possibles.

Prêt·e pour la chasse aux adverbes ?
Alors ? Ils sont où, ces putain d’adverbes ?!
Source : studio4rt sur Freepik

Vous allez donc reformuler cette phrase pour éliminer l’adverbe et la rendre plus intéressante sur les plans stylistique et narratif. Et ce, autant de fois que vous avez de contextes. Ou que vous avez d’idées. Ou les deux.

Le bon adverbe, c’est celui qu’on n’utilise pas

En imaginant des contextes possibles à cette phrase, on se rend compte de façon indiscutable de son affligeante banalité et de son total manque d’intérêt et on prend conscience qu’en cherchant à remplacer l’adverbe, on arrive à formuler une phrase plus riche et intéressante à plusieurs niveaux.

Convaincu·e de cette vérité absolue, vous allez pouvoir partir à la chasse aux adverbes de vos propres manuscrits et vous penserez à moi quand vous tomberez sur une phrase à peu près aussi intéressante que cette de mon exemple ^^.

La chasse aux adverbes est ouverte
Remplacez-les tous !
Source : macrovector sur Freepik
Publié dans écriture, narration

Mieux que la chasse aux Pokemons, la chasse aux adverbes

Les adverbes sont les grands mal-aimés de l’écriture. À raison, car s’ils peuvent s’avérer utiles, ils sont rarement incontournables et peuvent la plupart du temps rester sur le banc des remplaçants au profit de mots plus précis, adaptés et percutants.

Ami·es auteurices, dites « non » aux adverbes !

Avant, je ne faisais pas très attention aux adverbes. Comme la plupart des gens, j’utilisais ces mots-outils pour donner un complément d’information sur le ton, l’action en cours ou la façon dont le personnage se déplace. Lentement, doucement, légèrement, sérieusement, obstinément…

Jusqu’à cet « Atilié » d’écriture en ligne avec Michael Roch – où l’auteur nous fait non seulement gratter des lignes, mais prend le temps de lire et commenter nos productions. Un jour, c’est tombé sur moi et j’ai découvert sa défiance envers les adverbes. Sa mise en garde à leur encontre a sonné pour moi l’heure d’une prise de conscience et une révélation quasi divine : les adverbes, c’est le mal.

Mais pourquoi tant d’adverbes ?
Mais pourquoi tant d’adverbes ?
Source : Freepik

Au cours de mes corrections éditoriales, j’ai pu confirmer à maintes reprises cette vérité devenue évidence : la plupart du temps, le texte gagne à tous les niveaux quand on remplace les adverbes. Précision, richesse du vocabulaire, impact des mots mieux choisis, plus adaptés et plus puissants.

Hashtag balance ton adverbe (à la poubelle)

Il m’arrive d’avoir de la peine pour eux. Pas au point de les défendre ou de les réhabiliter, bien sûr. Mais je me mets à leur place, abandonnés et dénigrés du jour au lendemain après tant de bons et loyaux services.

Mais cette émotion ne suffit pas à rétablir l’aveuglement et à me faire oublier combien, en fait, les adverbes sont souvent le choix de la facilité.

Pas besoin de théorie fumeuse interminable, de cours de grammaire avancée et de grandes démonstrations pour s’en rendre compte. Faites l’essai et vous verrez, c’est aussi flagrant que mathématique :

Un adverbe remplacé = plus de style, et plus de sens.

Soyons honnêtes. Qu’apporte véritablement (mouahahah un adverbe) l’adverbe « légèrement » dans la phrase :

« Il se pencha légèrement. »

Que. Dalle.

C’est une phrase d’une banalité affligeante, vide de beauté autant que de sens. Bah oui, qu’est-ce que ça veut dire, « se pencher légèrement ». Rien du tout. Du moins, rien d’intéressant. S’est-il penché vers l’arrière ou vers l’avant ? Dans quel but ? Avec quelle intention ? Vers qui ? Vers quoi ? Est-ce un rapprochement de proximité physique de type romance ou de type menace ?

Et si, au lieu d’écrire une platitude, on réfléchissait à faire passer de vraies infos et de vraies émotions dans nos phrases ?

Et si, au lieu de mettre le premier mot qui nous vient, on prenait quelques instants pour réfléchir à ce qu’on veut faire passer et à chercher les mots – plutôt qu’un mot – qui vont donner un style littéraire porté par la précision et l’émotion plutôt que par la paresse (beaucoup d’auteurices cachent leur paresse stylistique et orthographique derrière le style et vous savez quoi ? Ça se voit) et l’ego (vous savez, les styles alambiqués pour démontrer sa grande maîtrise et se masturber l’ego).

Dans un contexte de romance où on voudrait instiller une petite dose de sensualité, on pourrait envisager quelque chose comme :

« Il approcha son visage à quelques centimètres de l’oreille de Kelly – juste assez pour qu’elle sente le souffle de son murmure et lui donner envie de combler la distance qui les sépare. »

Oui, c’est un peu plus long, mais c’est aussi un peu plus évocateur que « se pencher légèrement ». Ça demande de prendre un temps pour réfléchir à ce qu’on veut écrire et de corriger son texte pour qu’il colle à notre représentation de la scène autant qu’à notre intention.

Les adverbes, c’est comme les Kleenex : mieux vaut les jeter après la première utilisation

En conclusion, je dirais que les adverbes sont très bien pour le premier jet. Ils permettent de capturer l’idée pour ne pas la perdre et d’avancer dans la rédaction sans perdre de temps.

En revanche, au moment de la réécriture, pour donner du relief au style et de la précision au texte, il est primordial de les traquer et de se demander pour chacun d’entre eux si on ne peut pas le remplacer.

Prêt pour la chasse aux adverbes
Votre mission ? Traquer tous les adverbes et les éliminer
Source : Freepik

Je ne prône évidemment pas l’extermination totale des adverbes et vous invite à en laisser quelques-uns quand rien de mieux ne vous vient, car mieux vaut un adverbe un peu creux que rien.P.S. : Si tu as du mal à traquer tes adverbes et/ou à les remplacer, je t’invite à me contacter sur ComeUp ou sur Ko-Fi, selon tes préférences et tes moyens.

Publié dans écriture, exercice d'écriture, narration, Procrastination

Exercice d’écriture : Procrastination saison 1 épisode 2 : « Mais où allez-vous chercher tout ça ? » : un docu animalier pour l’inspiration

Pour cet exercice créé à partir de l’épisode 2 de la saison 1 du podcast Procrastination « Mais où allez-vous chercher tout ça ? », j’ai décidé de partir sur un exemple personnel de support au potentiel inspirant que j’ai trouvé digne des fictions les plus cultes telles que « Le trône de fer » ou « Dallas ».

L’inspiration est partout

Je ne vais pas re-résumer l’épisode, on l’aura compris, l’essentiel à retenir est que l’inspiration est partout. C’est d’ailleurs parce que je suis convaincue de ce précepte que je crée et/ou travaille à la création d’exercices d’écriture qui s’appuient sur des supports différents et qui peuvent parfois sembler inattendus.

J’ai déjà répété moult et moult fois que le jeu de rôle est un support d’écriture privilégié. Je nuancerai aujourd’hui en disant : un support de création d’histoire. Mais cette nuance n’est pas le propos du jour et j’y reviendrai lors de prochains projets.

Mais le jeu de rôle n’est pas tout. On peut trouver des idées et de l’inspiration dans la rue, dans un jeu vidéo (vous ai-je déjà dit tout le bien que je pense de Magic the Gathering en termes de potentiel d’inspiration ?), dans une phrase entendue à la radio, dans une chanson…

Tout ce qui procure une émotion et une réflexion est une source valable d’inspiration. Par exemple, j’ai toujours en tête ce moment où, alors que je marchais par un matin encore sombre, j’ai tourné la tête vers une fenêtre au moment où la lumière qui en émanait s’est éteinte. La lumière qui s’éteint a ouvert derrière cette fenêtre un monde que je rêve de pouvoir un jour explorer et je garde ça précieusement en moi pour le jour où j’aurai une autre inspiration à lui conjuguer et du temps à y consacrer.

Exemple de support inspirant : un documentaire sur les macaques

En guise d’exemple, je vais aujourd’hui vous parler d’un documentaire animalier que j’ai vu il y a quelques mois et qui m’a fait réaliser l’incroyable potentiel que contient le monde merveilleux des animaux en matière d’inspiration.

Qui aurait cru que regarder un documentaire sur les singes suffisait pour écrire une histoire digne des plus sombres intrigues du Trône de fer ? Et encore, je dis « inspirer », mais on pourrait se contenter de calquer l’intrigue du docu telle quelle.

L’inspiration, c’est simple comme un docu animalier
L’inspiration, c’est simple comme un docu animalier
Source : wirestock sur Freepik

Ce documentaire résume une année de la vie d’un groupe de macaques en prenant pour personnage central Anna, une jeune mère de basse extraction qui a mis au monde un des bâtards du roi. Anna traverse la sécheresse, la pauvreté, les querelles, les rivalités, le kidnapping de son bébé, la visite inattendue mais ô combien significative du roi ou encore une tentative de coup d’état par un des lieutenants du roi.

Transposée dans un univers original, développée et (à peine) romancée, l’histoire d’Anna a tout pour donner une saga riche en rebondissements et en suspense. Le prince bâtard survivra-t-il à la sécheresse ? Anna et le roi remettront-ils le couvert ? La future mère stressée et kidnappeuse de bébé rendra-t-elle son enfant à Anna ? Et si oui, dans quel état ? Le roi parviendra-t-il à déjouer le coup d’État qui couve et à réaffirmer son autorité auprès des mâles ET des femelles de son clan ?

Autant de questions auxquelles répond le documentaire, mais dont vous pouvez modifier le déroulement et l’issue à votre guise !

L’exercice d’écriture : s’inspirer et adapter à son propos

Je vous propose aujourd’hui de regarder ce documentaire – ou n’importe quel autre de votre choix sur les gnous, les raies ou les caïmans – et de vous en servir pour rédiger le synopsis détaillé d’une histoire que cela vous inspire.

Adaptez les personnages pour qu’ils servent votre propos et choisissez un angle d’attaque pour votre projet : une intrigue sombre et racoleuse, un pamphlet féministe sur le consentement et la condition des femelles de basse condition, une success-story, un portrait de femelle, une romance…
 Vous pouvez évidemment modifier les personnages – ou en ajouter – et le cours et/ou l’issue des évènements à votre guise (la sécheresse peut devenir une épidémie de peste, la kidnappeuse peut profiter de son statut social pour garder l’enfant d’Anna et l’élever, le roi peut épouser Anna et devenir monogame et fidèle…

Le support n’est qu’une inspiration qui doit servir votre création et dont vous pouvez – et devez – vous émanciper.