[Ma vie, mes amours, j'vous emmerde...] épisode 1 : L'effrontée

Accoudée au comptoir du fast-food, Pincemi sourit à Mnemoniarch, le garçon de salle qui débarrasse les plateaux. Le jeune pipillon lui sourit en rougissant des pieds aux antennes. La voix plaintive de Luvs interrompt ce mignon jeu de séduction.



— Tu crois que Wooly va se décider à m'inviter ?

Luvs, c'est la meilleure amie de Pincemi. Elle est amoureuse de Wooly, le patron du fast-food où elles travaillent, et attend patiemment le jour où son prince charmant trouvera la force de reconnaître et d'assumer son amour pour elle. Mais Wooly est un connard qui n'aime personne et ne dit jamais bonjour. Pour se venger de ce sale con, ses employés se défoulent en crachant dans la bouffe qu'ils servent aux clients. Heureusement, l'entente entre collègues est bonne et l'ambiance est agréable. Pendant que Luvs rêvasse, Pincemi fricote.

— Mais oui, Poulette. Il va forcément finir par le faire. Là, il doit pas oser… T'es trop belle, tu l'intimides.

Le sourire béat de Luvs attendrit Pincemi, qui se sent légèrement coupable d'entretenir les illusions de son amie. Mais comment briser le coeur et les rêves d'une pipillonne au coeur si tendre ?
Scrogneugneu, un vieux grincheux à l'hygiène douteuse, passe derrière Pincemi et fait claquer l'élastique de son uniforme.

— Va bosser au lieu de bavasser, feignasse !
— Qu'est-ce qu'y a, Pulapisse ? T'es jaloux parce que t'as pas d'amis ?

Pincemi s'éloigne en ricanant, esquivant de justesse un coup de canne. Dans les cuisines, on lui indique la serpillère.

— Quoi ? Pulapisse s'est encore oublié ?!

Pincemi adore mettre Scrogneugneu en rogne et ne manque jamais une occasion de se moquer du vieux grincheux.

— Allez, râle pas ! Tu sais qu'au fond, je t'aime bien.

Alors que Scrogneugneu invective la jolie blonde, celle-ci file s'acquitter de sa besogne. Elle sifflote tout en passant la serpillère dans la salle de restauration, tandis que les rares clients s'empiffrent de leur burger en essayent de mater sous la jupette plissée imposée par la direction. Pincemi a conscience des regards sur elle et elle aime ça. Elle fignole en s'attardant près d'un groupe de jeunes pipillons.

— Pincemi… ? C'est l'heure ! On se rejoint dans les vestiaires ?

Au signal de Luvs, Pincemi regarde la pendule, sourit aux adolescents rougissants et traîne son chariot ménager dans les coulisses du GerbeurKing. Au détour d'un couloir, elle croise Mnemoniarch, qui lui vole un baiser. Elle lui glisse son numero et file rejoindre sa copine.

— Qu'est-ce que tu f'sais ? T'en as mis du temps ?
— Rien !
— Allez Poulette, me mens pas. Pas à moi. J'te connais par coeur et t'as la trompe qui frétille
— Ok, ok. On s'est roulé quelques pelles, avec Mnemo'.
— Ah ah. Bien joué, Poulette. J'avoue qu'il est craquant. Si j'étais pas déjà complètement folle de Wooly, peut-être que j'aurais tenté ma chance, moi aussi.

Les deux amies éclatent de rire en quittant le restaurant miteux.

— Tu fais quoi, ce soir ?
— Je vais aller faire un tour à La Taverne de Fendaar. Ça te dit de m'accompagner ?
— Non, je bosse tôt demain, je vais rester à la maison.
— Allez quoi ! Me laisse pas toute seule.
— Tu resteras pas toute seule longtemps, j'en suis sûre.
— C'est possible, oui.

Nouveaux ricanements et les deux amies se séparent. Une fois chez elle, Pincemi prend une bonne douche pour se débarrasser des odeurs de friture. Elle dîne rapidement et enfile un jean et un t-shirt moulant. Elle s'admire dans le miroir en bombant fièrement sa poitrine, indéniable avantage dont elle ne manque jamais d'abuser.

— En route !

Arrivée sur place, elle commande un kir. Le taulier la regarde avec le dédain qui caractérise les buveurs de bière à l'égard des autres boissons, et l'envie qui caractérise les mâles à l'égard de Pincemi. Nombreux sont les regards qui se posent sur elle et elle n'a que l'embarras du choix pour décider qui lui paiera sa prochaine coupette. Elle jette rapidement son dévolu sur un type et après quelques verres et un semblant de parade amoureuse, elle l'invite chez elle.

Au petit matin, Pincemi émerge douloureusement de son sommeil pas vraiment réparateur et encore lourd des relents de la veille. Sans prêter la moindre attention au type à poil qui comate dans son lit, elle se lève péniblement et avale une rasade de champagne tiède d'une bouteille providentiellement abandonnée à portée de sa main. Relativement requinquée, elle quitte la chambre de sa démarche de reine splendide, parfaitement à l'aise dans sa nudité.
Elle attrape un soda light et une barre de céréales en guise de petit déjeuner, se vautre dans le canapé et allume machinalement la télé. Alors qu'elle grignote son p'tit dej' du bout des dents, elle manque de s'étouffer en entendant aux infos que l'Amicale du Savoir-Vivre, un lobby de vieux réac' bien-pensants, vient de promulguer une loi condamnant tout personne qui se rendrait coupable de mendicité à une lourde amende et à une peine d'emprisonnement. Ils annoncent une action coup de poing : une rafle dans un quartier servant de refuge à de nombreux mendiants.
Révoltée par ce projet de loi insensé et ce coup de comm' indécent, Pincemi se précipite dans sa chambre. Elle trébuche, réveille le mec qui dormait là et le chasse en lui promettant que, oui, c'était sans doute super et qu'ils pourront remettre ça bientôt. Heurté par le "sans doute", le gars pousse pincemi sur le lit et s'allonge sur elle. Le "bientôt" arrive plus tôt que prévu et l'heure de la lutte se voit repoussée de quelques gémissements.
Après une culbute express sans aucun doute mieux que celle de la veille, le type ne se fait pas prier pour filer, tout de même bien décidé à revenir un de ces quatre visiter plus longuement cette mignonne pipillonne pas farouche pour deux sous. Pincemi enfile une jolie robe et, parée de sa tenue la plus indécente et de l'inébranlable assurance que lui confère chaque partie de jambes en l'air, elle file à l'endroit où l'intervention est annoncée.

Une fois sur place, elle se fond parmi les mendiants. Le groupe de bien-pensants ne tarde pas à arriver. Elle entend des reproches et des insultes et se voit elle-même rapidement désignée et blâmée, autant pour sa présence en cet endroit hautement réprouvé que pour sa tenue, jugée indigne d'une jeune pipillonne qui se respecte. La blonde hésite un moment, partagée entre la colère, l'admiration et la crainte. Après tout, le prédicateur qui les sermonne n'est autre que Houddin, dit "le Bien-Pensant", chef de l'Amicale du Savoir-Vivre. Sa renommée et sa sévérité n'ont d'égale que l'énergie qu'il met à cacher sa propre dépravation.
En effet, dans les bas-fonds des bas quartiers, il se dit que la nuit, Houddin se travestit et que sous les traits d'Ulla, il poursuit les gueux de ses assiduités, les menaçant de les faire enfermer s'ils ne se montrent pas dociles. Bien que redoutant le courroux de ces gardiens de la bienséance, Pincemi, animée par la fougue de sa jeunesse, prend son courage à deux mains et s'approche de celui qu'on appelle parfois "Le Houdain" :

— Ma tenue ne vous regarde en rien. C'est mon absence de poil aux pattes, ou ma liberté affichée, que vous enviez ? C'est pas beau d'être jalouse, vilaine ! Et puis... il ne vous est pas venu à l'idée que ces gens mendient parce qu'ils n'ont aucune autre solution ? Parce qu'ils ont faim et qu'ils n'ont rien pour se nourrir ? Tout le monde n'a pas vos moyens, Monsieur Houddin ! Vous feriez peut-être mieux d'utiliser votre influence pour améliorer le sort de ces pauvres gens, plutôt que de faire chanter des jeunes pipillons pour les mettre dans votre lit !

Étonnée de son audace et devant le visage furieux du Houdain, Pincemi éclate de rire et s'enfuit en courant. Un peu plus loin, elle s'arrête pour reprendre son souffle et réalise l'impudence dont elle vient de faire preuve. Un peu honteuse d'avoir été aussi effrontée, la jeune femme ressent le besoin d'être pardonnée. Elle se rend à la Secte du Grand Pistil pour se confesser de ses péchés. En effet, Pincemi est une fervente croyante, persuadée de l'existence d'une force qui lui est grandement supérieure, sans pour autant la reconnaître vraiment dans les divinités proclamées par les pipillons.

Elle pénètre respectueusement dans le temple et avance jusqu'au confessionnal. Comme il est libre, elle s'y installe et commence à avouer tous les péchés qui pèsent sur sa conscience. Elle raconte tout : sa tendance à profiter sans retenue des plaisirs de la vie et, plus grave encore, à aimer ça. Elle rougit à peine en mentionnant la facilité avec laquelle elle couche avec tout un tas de pipillons qu'elle connaît à peine. À mesure qu'elle se confesse, elle devient plus fébrile, exaltée par le souvenir de ces moments. C'est presque en criant qu'elle avoue les fantasmes qu'elle nourrit à l'égard de Houddin, dans lesquels elle rêve de punitions sévères et de fessées coquines. Une fois sa confession terminée, elle retrouve lentement son calme et son irrévérence.
Pas tout à fait convaincue d'avoir été entendue, ni même écoutée, Pincemi soulage sa vessie et sort du confessionnal en laissant échapper un juron blasphématoire. C'est alors qu'elle bouscule son confesseur. Elle se retourne pour présenter ses excuses à ce représentant du Tout-Puissant mais reste muette, stupéfaite. Tandis qu'elle reste là, pétrifiée, à se demander ce qu'il va bien pouvoir lui arriver, le prêtre, majestueusement mystérieux, se redresse, la regarde et lui sourit. La soutane ne parvient pas à dissimuler son corps musclé, révélant, malgré les plis du tissu, des abdos d'une beauté divine. Son regard à la fois désapprobateur, amusé et bienveillant brûle la jeune pipillonne au plus profond de son être, la marquant au fer rouge d'un amour qui la consumera à jamais. Subjuguée, Pincemi n'arrive pas à détacher son regard de cet être qu'elle reconnaît d'emblée comme supérieur. Des bruits de pas résonnent, sortant une Pincemi suffoquée de sa stupeur contemplative. Elle sursaute, panique et s'enfuit. Le prêtre regarde la jolie effrontée disparaître, hoche la tête en souriant, sort une serpillère de sa soutane et fait disparaître religieusement ce gracieux désastre.

Commentaires

  1. L'irrévérence de Pincemi s'apprête à se déverser sur le monde ! :D

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  2. Jadore! Drôle, vif, léger et quand même un peu engagé. La suiiiiite!

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    1. Ah contente que ça te plaise ! Pincemi, c'est un peu ma récré ^^

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