[Ma vie, mes amours, j'vous emmerde...] épisode 5 - Les prémices de l'élection des miss

Un peu moins disponible pour les meetings politiques depuis qu'elle est devenue une journaliste en vogue, voilà plusieurs semaines que Pincemi n'a pas revu son ennemi juré, le vil et ô combien excitant BudZ. Elle continue toutefois à rêver chaque nuit ou presque d'ébats brutaux et indécents dans ses draps, qu'elle imagine de soie. Et chaque matin ou presque, elle cherche l'absolution en rêve dans les bras de Hauruhaku. Elle va d'ailleurs régulièrement au temple pour entretenir la foi et la flamme en confessant sans retenue ses fantasmes nocturnes. Ces rêves de débauche dans l'antre de la Bête font sourire le prêtre, qui a appris à connaître et à apprécier sa protégée pour ce qu'elle est.
Le combat entre l'Ange et le Démon dans le coeur de Pincemi ne lui fait toutefois pas perdre de vue son objectif et ses ambitions, et c'est sans relâche qu'elle se consacre à l'organisation du concours de miss. Le jury qu'elle a constitué a d'ores et déjà été validé et en dehors de Thesaurus, qui n'a pas encore répondu, chaque membre a accepté l'invitation avec enthousiasme et proposé une épreuve pour le concours - même le vieux grincheux, à la stupéfaction soulagée de Pincemi. Confiante, elle a annoncé l'ouverture des candidatures et les formulaires d'inscription commencent à inonder sa boîte à lettre. Elle reçoit chaque jour plusieurs courriers de prétendantes à un titre qu'elle estime être seule à mériter - avec sa copine Luvs, évidemment. Cet afflux postal n'est pas pour déplaire à la jeune pipillonne, ni à son facteur, qui lui remet consciencieusement chaque lettre en main propre. Pour Pincemi, si friande de courriers recommandés avec accusé de réception, ce concours est décidément une aubaine.

Après le passage du facteur, c'est ébouriffée qu'elle dépouille les dossiers. Alors que certaines candidatures la font mourir de rire, le pathétique d'autres la déconcerte au plus haut point. Sans vergogne et avec mépris, elle jette la moitié des dossiers dans la poubelle. Ceux qu'elle se retient de balancer valent à peine mieux à ses yeux mais il faut bien quelques candidates sur le podium. Ses petites ailes frétillent de plaisir à l'idée qu'elle et Luvs feront sûrement passer les aspirantes miss pour chenilles mal dégrossies. Elle passe les dossiers en revue, haussant ici un sourcil dédaigneux, affichant là un sourire approbateur et quelques jours plus tard, l'écurie de pouliches est enfin constituée (de Kyla, Rinka et Karmen - trois bimbos insipides ; Mandawine - une beauté à la peau sombre ; Rouge Georgette - l'équivalent féminin de Scrogneugneu, la bave en moins ; Hihihi - une grande bringue rousse un peu délurée ; Kimberly - une bimbo arriviste, vulgaire et prétentieuse ; Zoroastrée - une beauté élégante et raffinée en laquelle Pincemi reconnaît immédiatement sa digne héritière ; et Hipsta - une charmante baba cool hébétée). Le jury est opérationnel, les épreuves sont finalisées et croustillantes à souhait et Fendaar a passé le balai dans son taudis et mis du champagne au frais. Bref, tout est prêt et la fête va pouvoir commencer.

Pourtant, Pincemi commence à stresser. Les enjeux sont de taille pour la blonde ambitieuse. Pour évacuer la pression, et faute de facteur, elle se rend au temple pour soulager son âme tourmentée dans la méditation. Elle cherche Hauruhaku, ce confesseur protecteur et bienveillant qui ne manque jamais de la rassurer malgré ses larges écarts de conduite. Malheureusement, le prêtre n'est pas disponible pour recevoir ses états d'âmes. Il la salue avec chaleur puis se retire dans les jardins de la Secte pour se consacrer à la récitation de mantras. Nullement décidée à se confesser à un autre que lui, le Grand Prêtre lui semblant trop lubrique et les autres prêtres, trop insignifiants, elle se contente de glisser quelques pièces dans la Grande Fente du Tronc et tourne les talons. En sortant, elle rêvasse et se retrouve sans l’avoir voulu près de la Fontaine du Tout-Puissant, un autre lieu de recueillement où il est bien vu de faire une offrande. Pincemi fourre sa main dans le fond de son sac et retrouve quelques pièces, qu’elle jette dans l’eau du bassin, non sans avoir formulé intérieurement un voeu confus au sujet de Hauruhaku. Fascinée par la beauté et le calme de l’endroit, elle s’assoit sur le rebord de la fontaine et se laisse aller à la rêverie. En ce lieu paisible et propice à la méditation, ses pensées vont inexorablement vers Hauruhaku. Plongée dans des fantasmes où la tendresse le dispute à la luxure, elle effleure négligemment la surface de l’eau fraîche du bout des doigts. Un bruit la fait sursauter. Le feu aux joues, elle se relève et passe sa main sur son visage pour y déposer un peu d’eau. Se sentant épiée, elle défroisse sa jolie robe et quitte l’endroit d’un pas alerte. Non seulement elle a eu les chocottes, mais elle vient de réaliser qu'elle est en retard au GerbeurKing. Agacée par l'idée de se faire une nouvelle fois engueuler par Wooly, elle presse l'allure. Heureusement, cette fois-ci, la grande méchante mite n'y a vu que du feu. Harcelé par une Luvs aussi loyale qu'amoureuse, il n'a pas eu le loisir de contrôler les arrivées et départs de ses employés. Sauvée par l'amitié de celle que Pincemi surnomme tendrement Poulette, la journée se déroule sans encombres et c'est presque sereine que Pincemi rentre chez elle.

Une fois dans son minuscule taudis, elle se prépare pour le grand soir. Sous la douche, elle fait le point et récapitule le programme de la soirée. L’eau est froide, presque aussi fraîche que celle de la Fontaine, et les émotions ressenties alors ressurgissent. Elle laisse le stress les chasser et termine de se pomponner. Puis elle enfile sa plus jolie robe, spécialement achetée - à crédit - pour l’occasion, et file chez Fendaar en taxi.
Lorsqu’elle entre dans le bouge, il n’y a encore personne. Le ménage a été fait, même s’il reste des mégots et des capsules de bière dans les coins. Pincemi félicite le taulier avant de s'atteler aux derniers préparatifs. Une fois la tâche accomplie, elle s'adosse au comptoir et regarde le public arriver. Dans la foule de pochtrons habituelle, elle repère tout de même quelques personnalités. Le jury attend son heure dans une pièce crasseuse de l’arrière-boutique. Quand le bar est bondé et l’ambiance, joyeuse, Pincemi les fait entrer. Ils s'assoient à la table qu’elle a faite installer spécialement pour eux. Avant de lancer les festivités, elle n’oublie pas de boire un petit verre, histoire de se donner du courage puis, faute de podium, elle monte sur le comptoir avec l'aide empressée de Fendaar.

— Mesdames, messieurs,

Bonsoir à toutes et à tous et merci d’être venus si nombreux pour cet événement presque aussi culturel que glamour. J’imagine que vous êtes impatients de découvrir les beautés cachées de Chkroufgnoukvlusk mais avant de commencer, laissez-moi vous présenter les honorables membres de notre jury.
Madame et messieurs du jury, levez-vous, que tout le monde puisse vous voir !

D'un geste de la main, Pincemi les invite à se lever tandis que le public applaudit mollement. Elle descend du comptoir, non sans une légère perte d'équilibre, s'avance vers eux et les désigne l'un après l'autre :

— Scrogneugneu, je te remercie d’être parmi nous alors que l’heure de la soupe est passée depuis longtemps. Et permets-moi de te féliciter pour ta tenue. Élégante et propre, tu ne nous as pas habitués à ça ! 

Arrivée devant Luvs, elle mime l'éblouissement.

— Luvs, tu illumines la taverne par ta présence. Les candidates devraient te remercier à genou de ne pas te présenter au concours, elles n'auraient aucune chance. Et je sais de quoi je parle.

Elle fait un pas pour arriver devant le psychiatre.

— Je remercie également mon cher Nichtgutt de délaisser ses recherches expérimentales et ses chers patients pour être avec nous ce soir. On a toujours rendez-vous demain, n'est-ce pas ?

Elle se force à sourire devant le fauteuil vide de Thesaurus.

— Mais je vois que le bien aimé directeur de notre belle académie, l’éminent Thesaurus, n’est pas encore parmi nous. Je parie que tout va bien pour lui et qu’il ne va plus tarder ! 

C'est avec le même sourire crispé qu'elle présente celui qui est censé être l'invité le plus prestigieux de toute cette mascarade.

— Et enfin, je tiens à remercier chaleureusement le maire Dagobert, à l'initiative de cet événement et qui nous fait l’honneur de sa présence ce soir. Il fallait donc qu’il y ait des jeunes pipillonnes en string pour qu’il daigne quitter son trône molletoné !

Elle se tait pour laisser le public applaudir et savourer l'air contrit qu'affiche Dagobert. Luvs resplendit et fait la causette avec son voisin de table, Nichtgutt, trop heureux de siéger aux côtés d’une si jolie créature, tandis que Scrogneugneu ronchonne en regardant l’heure et peste contre les miss qui ne sont toujours pas là.

— Cher public, voici venu le moment que vous attendez tous avec impatience. Je sais que vous brûlez de les voir. Et bien il est à présent temps pour moi de vous dévoiler nos magnifiques candidates !

Un projecteur s'allume, éblouissant Pincemi avant de se tourner vers la porte de service. Les prétendantes au titre de miss Chkroufgnoukvlusk font leur entrée et traversent la salle - avec l'élégance aguicheuse qui caractérise celles qui se savent terriblement belles-, avant de monter sur le comptoir du bar, aidées par des types prêts à tout pour toucher d’aussi belles donzelles. Elles défilent avec élégance, sans pour autant manquer de prudence, sous des applaudissements bien plus nourris que ceux qui avaient été offerts au jury. Sur le podium de fortune, on trouve de tout, de la jeune bourgeoise chic et précieuse à la pimbêche vulgaire et mal fagotée.

— Cher public, gratin de Chkroufgnoukvlusk et Chkroufgnoukvluskiennes et Chkroufgnoukvluskiens gratinés, dans le dossier de candidature que j'ai distribué à ces beautés, il leur était demandé de se décrire. C'est donc avec leurs propres mots que je vais à présent vous les présenter !

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