[Ma vie, mes amours, j'vous emmerde...] épisode 6 - Présentation des miss

Malgré un équilibre des plus précaire, Pincemi entame avec bravoure la présentation de la brochette de miss entassées sur le comptoir.

— Pour commencer, laissez-moi vous présenter Kyla, la première candidate. Elle a 22 ans, des cheveux turquoise, une bonne paire de loches et un beau corps bronzé.

Pincemi lorgne sur lesdites loches et acquiesce :

— Effectivement. Un mot pour notre cher jury ?
— Je suis la seule et unique belle gonz' de Chkroufgnoukvlusk !! Vote pour moi, mon chouchou !
— On transpire l'élégance, par ici. Passons vite à la candidate suivante, j'ai nommé la modeste Rinka. Elle a 18 ans, se dit joueuse, simple, perfectionniste et ne se trouve aucun défaut. Elle aime "elle-même". Elle n’aime pas "perdre". Rinka, que pourriez-vous dire au jury pour le convaincre de vous faire gagner ?
— Pourquoi je dois être élue Miss Chkroufgnoukvlusk ?
— C'est effectivement ce que je viens de vous demander.
— Parce que je suis la plus belle et que je saurai faire honneur à notre ville.
— Et bien voilà qui ne manque pas d'originalité. Allons donc rencontrer la prochaine candidate.

Pincemi joue la funambule sur le comptoir et arrive à côté de la troisième prétendante au titre de miss Chkroufgnoukvlusk :

— Je vous demande d'applaudir Mandawine, une donzelle de trente printemps. Grande - sur ses talons aiguille de 9,2 cm -, gourmande - et ça se voit -, une belle peau bronzée couleur mandarine, une chevelure noire et de grands yeux verts/orange… Ils sont verts ou ils sont orange ?

Pincemi se plante face à Mandawine et scrute ses yeux.

— Les deux, donc… Hum... Je pensais pas que c'était possible. M'enfin, pourquoi pas. De nature généreuse, délicate, agréable et joyeuse, Mandawine n’a presque aucun défaut. Elle aime se promener dans les prés et, surtout, promener les p'tits vieux.

Pincemi interroge Mandawine du regard :

— Même s’ils… pulapisse ? Bref, passons. Mandawine n’aime pas travailler, car ça abîme les mains et accélère le vieillissement de la peau. Comme elle a raison de faire attention - surtout à notre âge.

Pincemi chasse d'une geste de la main l'idée dérangeante de sa peau qui vieillit et reprend :

— Mandawine, notre jury vous observe avec attention. C’est le moment de lui dire pourquoi il devrait vous élire, vous et pas une autre.
— Parce que moi, Mandawine, je suis la meilleure, la pipillonne aux charmes des îles et pis c’est tout.
— Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
— Sans doute, mais là tout de suite, j'ai rien qui vient, donc je vous laisse juger.
— Croyez-moi, ils ne vont pas se priver. Et pendant qu’ils s’en donnent à cœur joie, je vais vous parler de Rouge Georgette, notre quatrième concurrente. Elle a 60 balais - et ça se voit aussi. Elle doit être matheuse, scientifique ou un truc du genre, parce qu'elle m’a transmis toute une série de chiffres et de lettres à laquelle je n’ai rien compris. Moi qui comprends presque toujours presque tout, c'est épatant ! Je vous en fais également part, sait-on jamais qui y en ait un qui y comprenne quelque chose : 1 m 68 - 105 d - 65 kg. Si vous résolvez cette énigme, je vous invite à dîner. Vous pouvez envoyer vos réponses directement à la rédaction de Blonde à la Page !

Pincemi gratifie son public d'une légère révérence.

— Reprenons la présentation de Rouge Georgette avant qu'elle ne soit complètement desséchée. Rouge Georgette porte des lunettes et des sonotones dans les deux oreilles. Pas les lunettes dans les oreilles, mais les sonotones, a-t-elle cru bon de préciser sur sa fiche. Et elle a bien fait ! Petit détail qui a son importance, sa plus grande qualité est, je cite : je ne bave pas... encore. Et son pire défaut est : un jour, je baverai, clame-t-elle comme une promesse. Rouge Georgette, pourquoi devriez-vous être Miss Chkroufgnoukvlusk ?
— Pourquoi pas !
— J'ai une liste de raisons longue comme le bras mais on n'a pas toute la soirée alors si vous n'avez rien à ajouter, passons à la suivante !

Pincemi contourne Rouge Georgette avec un air écoeuré.

— Il s’agit de Hihihi. Tiens ?! En voilà un drôle de nom… Alors Hihihi est d’âge indéterminé. Grande et mince, cette pipillonne à la chevelure flamboyante et à la trompe même pas refaite saura certainement conquérir le coeur du public. Mais qu'en sera-t-il de celui du jury ?

Pincemi lance un oeil vers le fauteuil désespérément vide de Thesaurus.

— Hihihi avoue "ne pas avoir sa trompe dans sa poche, n’en déplaise à certains", chose qu'elle estime être sa plus grande qualité. Elle aime "avoir raison" et n’aime pas "avoir raison", bien qu’elle ait toujours raison. Et bien, belle enfant, dites-nous ? Pourquoi vouloir devenir Miss Chkroufgnoukvlusk ?
— C’est très simple ! Je rêve d'un monde où chaque pipillon se retournera sur mon passage et où toutes les pipillonnes voudront copier mon style.
— Souhaitez-vous ajou… ?
— Je dois être élue Miss Chkroufgnoukvlusk et puis c’est tout !
— Puisque c'est tout, place à notre 6è prétendante ! Kimberly a 20 ans, de longs cheveux rouges, de magnifiques yeux verts, une trompe à tomber et une forte poitrine.

Elle s'interrompt à nouveau pour admirer la forte poitrine mais affiche cette fois une moue déçue légèrement teintée de mépris.

— Comme quoi, c'est pas la taille qui compte… Ses qualités ? Elle adore lécher les vitrines, "mais aussi les trompes" a-t-elle ajouté. Une information qui ne manquera pas d'attirer l'attention des membres de notre cher jury… Kimberly se décrit comme une "paresseuse d'une grande naïveté" et son seul défaut est de n'avoir que des qualités. Elle aime la bière, le champagne et les beaux pipillons bien friqués. Et il n'y a rien que cette bimbo n'aime pas. Dites-moi, Kimberly ? Vous semblez certaine d'être élue mais… saurez-vous nous dire pourquoi le jury devrait vous consacrer Miss Chkroufgnoukvlusk ?
— Parce que si je suis élue, je ferai la paix dans le monde !
— Ooooooookay… C'est bon, on est sauvés.
— Votez pour moi et j'enlèverai la jarretière !
— Mais que fait l'Amicale du Savoir-Vivre ?!!

Pincemi hausse les sourcils et les épaules avant de passer à la candidate suivante. Son expression change alors du tout au tout :

— Applaudissez notre 6è concurrente ! Bienvenue à Zoroastrée. Voudriez-vous vous présenter au public et à notre bien-aimé jury, je vous prie ?

Pincemi tend le micro à Zoroastrée, qui prend la parole avec assurance :

— J'ai 20 ans et toutes mes dents, parce qu'à 20 ans rien n'est impossible, on traverse les jours en chantant…
— Magnifique ! Mesdames et messieurs, voici la description que Zoroastrée fait d’elle-même :
des petites ailes chatoyantes aux reflets dorés, des yeux qui scintillent tels les étoiles dans un ciel de nuit sans nuage - ou comme des bulles de champagne dans une coupette de cristal d'arques-cristal-d'aujourd'hui -, une crinière digne d'une salade de fleurs des champs. Outre ce visage sculptural, s'il faut parler d'autre chose, parlons du reste. On évitera de commenter tout ce qui se trouve en dessous de la fossette de mon adorable menton, de peur d'affoler l'Amicale. On ne peut cependant qu'admirer la musculature d'ouvrière huilée à souhait - avec un onguent miraculeux qu'aucune crème hydratante n'égalera jamais, mais recette familiale oblige, le secret restera secret.
Même moi, je n'aurais pas dit mieux ! Zoroastrée compte, parmi ses nombreuses qualités, la maîtrise totale des talons aiguilles dans les escaliers, une aptitude hors du commun à bien se coiffer et la magnifique et rare capacité de sourire pendant plus de 458 heures, non-stop, sommeil compris. Elle augmente considérablement le charisme du pipillon qu'elle accompagne et cuisine au moins un plat à merveille. Généreuse et courageuse, elle n'hésite pas à braver les dangers de la ruelle des mendiants pour y distribuer une partie de son salaire de misère. Mais même une pipillonne aussi parfaite ne saurait être exempte de défauts et bien que certains affirment qu'il s'agit là d'une qualité, Zoroastrée ne tient pas la bière. Elle aime : tremper ses doigts dans du soda en mangeant des noix, les balades à dos de chameau, le maire, vous - c’est moi -, son patron, se déhancher sur du gros son, entretenir ses abdos, et huiler ses abdos. Elle n'aime pas : les taxes surprises, les rayons vides au supermarché, tomber après trop de bierrouïoli. Pourquoi vous, Zoroastrée, j’ai envie de vous demander ?
— Parce qu'on ne cesse de me répéter que je suis l'image fantasmagoriquement substantielle du pipillon mais en pipillonne. J'ajouterai à cela que mon corps de rêve et mon attitude exemplaire font de moi la miss Chkroufgnoukvlusk idéale qui incarnerait idéalement l'idéal pipillon et vendant assez de rêve au petit peuple pour lui faire oublier un instant sa misérable condition.
— Que dire après ça. Bon courage à la suivante et superbe septième candidate, Hipsta ! Sur son bulletin d’inscription au concours, à la rubrique "âge", Hipsta a écrit "et des brouettes". J'en déduis qu’elle doit aimer jardiner. Hipsta est élégante, raffinée, pas vulgaire pour un pistaboul. Blonde à ses heures, elle a une trompe à se damner. Hipsta est une pipillonne facile. Euh… Attendez… Ah non ! Pardon ! Au temps pour moi ! J'ai mal lu ! Hipsta est une pipillonne facile à vivre. Elle ne se trouve pas de défaut. Elle aime "Pincemi, c’est évident". Et qui l'en blâmerait. Elle aime aussi les jurés, bien qu’elle n'en connaisse aucun. Hipsta est gentille et n'aime pas tellement les méchants.
Pourquoi le jury devrait-il vous élire, Hipsta ?
— Parce que j'aspire à représenter Chkroufgnoukvlusk à la foire du slop.
— Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
— Quelque chose !!!!!! 

Les yeux écarquillés, Pincemi annonce la dernière candidate :

— Merci, Hipsta. Il est temps de vous présenter Karmen, notre huitième et dernière candidate, une jeune pipillonne de 23 ans. Dotée, elle aussi, d’une poitrine généreuse, elle arbore une belle et grande trompe, deux yeux de bichette marron et une taille fine juste ce qu'il faut. Elle a pour qualités d’être généreuse, belle, cool, gracieuse, coquette. Et son défaut est d’être capricieuse. Elle aime : les pipillons à grosse trompe, les burgers et les volailles rôties. Elle n'aime pas : les râleurs, les céréales, ceux qui ne lui obéissent pas. Pourquoi voulez-vous être élue Miss Chkroufgnoukvlusk ?
— Je suis une très belle pipillonne. Je dirais même une des plus belles et je serais très fière de représenter notre belle ville.
— Quelque chose à rajouter, Karmen ?
— Si vous votez pour moi, vous ne le regretterez pas ! Pipillons, pipillonnes, j'vous kiffe.
— Merci Karmen !

Pincemi descend presque gracieusement du comptoir, grâce au soutien enthousiaste d'un client éméché, puis s'approche de la table des jurés.

— Chers membres du jury, cher public, vous connaissez maintenant les huit pipillonnes qui vont s’affronter avec acharnement pour le glorieux titre de Miss Chkroufgnoukvlusk ! Elles sont belles et elles en veulent ! Elles ont le courage de se présenter ce soir devant vous, alors applaudissez-les bien fort !

Tapi au fond du bar, un zouk en imper de détective crie :

— Pincemi Miss Chkroufgnoukvlusk !!!

Une fois les applaudissements passés, Pincemi annonce la première épreuve, concoctée par le terrible Scrogneugneu. Le vieux s’est montré aussi cruel et exigent qu'elle l’avait espéré, puisqu’il a décidé de juger à la fois la capacité des miss à fédérer les soutiens et leur aptitude à se plier aux règles du Savoir-Vivre. Elles ont donc 24h pour fournir trois lettres de soutien et pour raconter comment elles feraient si elles avaient la charge de prendre soin de Scrogneugneu et de l’assister dans ses déplacements, ses tâches - et ses taches - du quotidien et les gestes basiques d’hygiène. Une épreuve indécente qui réjouit Pincemi, que l’absence de Thesaurus commence toutefois à inquiéter. Le recteur ne répond pas et personne ne l’a vu. Mais show must go on et Pincemi lance le coup d'envoi de la fête.
Le reste de la soirée se passe sans encombre. L’alcool coule à flot dans une ambiance bon enfant, la musique entraînante fait son effet et bientôt, les gens improvisent une piste de danse et se mettent à swinguer. Pincemi se déhanche comme une folle entre deux coupes de champagne. Elle déambule sur la piste comme dans son salon et se démène au son de rythmes endiablés. Passant de bras en bras comme un papillon dans une prairie de fleurs sauvages, la belle fait tourner les têtes en même temps que sa jupette.

Commentaires

Les plus lus

[Ma vie, mes amours, j'vous emmerde...] épisode 1 : L'effrontée

[Ma vie, mes amours, j'vous emmerde...] épisode 3 - La naissance de BàlP

[Ma vie, mes amours, j'vous emmerde...] épisode 2 : Éveil politique d'une jeune effrontée