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Introduction au décorticage narratif

    C'est un exercice tout neuf qui voit le jour sur ce blog (et signe en quelque sorte sa résurrection après une longue période de coma) : le décorticage narratif. Le principe ? Extraire des principes et techniques narratives de morceaux choisis (chanson, clip, dessin animé, film, série, fiction interactive, jeu vidéo... tout ce qui sert à raconter une histoire).

 Le pourquoi du comment

    Il y a quelques jours, au cours d'une discussion Mastodonesque très intéressante avec Stéphane Arnier sur le point de vue et le temps de narration (je vous recommande d'ailleurs ses articles ! ), j'ai eu recours à des chansons pour illustrer mon propos (et défendre l'indéfendable, la narration au présent ET à la première personne).

Depuis que j'ai lu ses articles sur le sujet, je cogite pas mal et je me suis dit que ça pourrait être intéressant de partager le fruit de ces réflexions. Intéressant pour vous, mais aussi pour moi, puisque ça m'incite à analyser toutes les formes de narrations qui me tombent sous la dent (manie que j'ai déjà, de façon plus ou moins consciente). Et parce que c'est INSPIRANT.

Décorticage n°1 : la narration au présent ET à la première personne

    J'avais prévenu, je défends ici l'indéfendable. Contre vents, marées et toustes celleux qui clament que le seul temps de narration est le passé simple, je me dresse et je dis "Non". La narration à la première personne ? Je dis "Oui". Mais, parce que l'adage qui dit qu'il faut connaître les règles avant de s'en affranchir dit vrai, j'ai arrêté de me reposer depuis quelques années sur mes acquis par imprégnation et j'ai bossé la théorie. Et aujourd'hui, je sais pourquoi j'aime écrire au présent. Et parfois à la première personne. Encore mieux, je sais même l'expliquer !

La narration au présent et à la première personne : cas pratique en chansons

    La première chose qui m'est venue au fil de ma réflexion, c'est "Comme d'habitude". Dans cette chanson, Cloclo utilise le présent pour illustrer la monotonie, la routine de ce quotidien sans passion. Mais surtout, ce que j'aime, c'est qu'il délivre le regard désabusé du personnage sur son couple à l'agonie, ce qui est appuyé par la première personne : il se regarde vivre et agir et le récit qu'il fait de sa vie porte la couleur de son jugement et de son désespoir :

"mais toi"

"presque malgré moi"

"tout seul, je bois mon café "

capture d'écran d'un extrait des paroles de "Comme d'habitude"
extrait des paroles de "Comme d'habitude"

Mais un seul exemple ne suffit pas, la science vous le dira. Alors j'ai confronté deux chansons des Rita Mitsouko : "Andy" et "Les histoires d'A". Dans la première, le texte est au présent parce que la narratrice est spectatrice de l'histoire, qu'elle raconte au moment où elle se passe, pour finalement en devenir actrice : "Dis-lui oui, Andy" (qui fait d'ailleurs écho au "Dis-moi oui, Andy"). Dans "Les histoires d'A", le texte est au passé, parce qu'on nous raconte une succession d'anecdotes qui illustrent le propos de la chanson : les histoires d'amour finissent mal.

capture d'écran d'un extrait des paroles de "Andy"
extrait des paroles de "Andy"
capture d'écran d'un extrait des paroles de "Andy"
extrait des paroles de "Andy"
capture d'écran d'un extrait des paroles de "Les histoires d'A."
extrait des paroles de "Les histoires d'A."

Conclusion

    Ce que j'aime avec le présent, que ce soit à la première ou à la troisième personne focalisée, c'est qu'il donne le regard du personnage sur son histoire au moment où elle se déroule. On a donc ses émotions, ses sentiments, ses impressions, ses réactions au plus proche de l'action. Le texte au présent nous délivre la vérité du personnage. Sa vérité immédiate, contrairement au passé, qui lui permet de tricher en apportant des ajustements et corrections rendues possibles par le recul que permet la distance temporelle.

Quant à la première personne, c'est un peu la même chose. Le "je" me donne l'impression d'être avec mon personnage, d'être au plus près de son ressenti et de sa vérité, là où la troisième personne met une distance entre lui et moi, et lui et son histoire. C'est toutefois une narration piégeuse et je vous invite à lire les articles de Stéphane Arnier sur le sujet avant de vous lancer !

Commentaires

  1. Et voilà, on lit un petit billet innocemment, on en lit un deuxième et on se retrouve à aller sur un autre site à découvrir d'autres billets intéressants !
    Merci Doublure, si tu m'autorise à t'appeler Doublure ;-)

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  2. Alors déjà, je suis bien contente si je t'ai donné envie de lire un autre de mes petits billets ! Ensuite, tu as raison, les articles de Stéphane Arnier sont très intéressants.
    Et enfin, bien sûr, fais comme tout le monde, appelle-moi Doublure ^^

    RépondreSupprimer

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